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janvier 27, 2023

Le Tout au Pluriel Magazine

Magazine Socio-Culturel

OPINION GÉOPOLITIQUE : POINT DE VUE. Faut-il dialoguer avec Vladimir Poutine ?

6 min read

« Poutine a décidé de faire la guerre en Ukraine avant tout parce qu’il est le produit d’une histoire particulière. Celle de la chute de l’Union soviétique à laquelle il a assisté comme tous les Russes de sa génération. Et celle du ressentiment russe qui en a suivi dans l’après-Guerre froide. » Le point de vue de Christian Lequesne, professeur à Sciences Po Paris.

le 22/03/2022

Le tout au pluriel magazine via
Ouest-France
Christian Lequesne, Professeur à Sciences Po Paris.

La décision de Poutine d’envahir l’Ukraine ramène parfois à des débats un peu éculés sur la santé mentale des dictateurs. Il est tentant d’expliquer un acte de guerre par la folie de celui qui le décide. On se souvient des théories qui voyaient dans la folie meurtrière d’Hitler l’impact de la syphilis sur son mental. Tout ceci sent la fausse science et un peu la paresse intellectuelle.

En fait, Poutine a décidé de faire la guerre en Ukraine avant tout parce qu’il est le produit d’une histoire particulière. Celle de la chute de l’Union soviétique à laquelle il a assisté comme tous les Russes de sa génération. Et celle du ressentiment russe qui en a suivi dans l’après-Guerre froide. Le rapport de Poutine et des nationalistes qui l’entourent à l’histoire (qu’ils révisent sans hésiter dans leur discours) est un facteur beaucoup plus fondamental que leur santé mentale pour comprendre la décision d’envahir l’Ukraine.

Quelle crédibilité accorder à la négociation avec les dictateurs ?
De notre côté, faut-il malgré l’invasion militaire de l’Ukraine continuer à parler avec Poutine ? Voici une autre question récurrente de l’histoire : quelle crédibilité accorder à la négociation avec les dictateurs ? La réponse est plutôt : oui, il faut continuer à avoir des discussions, mais à condition de ne se faire aucune illusion sur les propos et les promesses tenus. Poutine ne changera jamais d’avis sur son action violente en Ukraine parce qu’il a parlé avec le Président Macron ou le Chancelier Scholz.

Continuer à dire que l’Occident n’exclut pas une solution militaire

Une deuxième condition doit animer ces discussions : faire preuve de la plus grande fermeté dans les propos tenus. Poutine comprend le langage du rapport de force. Il est donc nécessaire de lui signifier que l’Occident sera dur sur les sanctions ou qu’il n’acceptera jamais une finlandisation de l’Ukraine. S’il faut bien entendu éviter toute escalade, il faut continuer à dire que l’Occident n’exclut pas une solution militaire. Car si on lui martèle que l’Occident a renoncé à toute entrée en guerre, on lui délivre le message que l’on ne se battra jamais pour l’Ukraine et donc qu’il a gagné. Les dictateurs adorent l’ambiguïté. Il faut leur répondre par la même ambiguïté.

Au final, il faut discuter avec Poutine sans le ménager. Toute délicatesse sera immédiatement perçue comme un signe de faiblesse dont il s’emparera pour accentuer le rapport de force. La guerre en Ukraine nous ramène aux théoriciens réalistes des relations internationales, comme Kissinger et Brzezinski, qui ont souvent déclaré que Poutine ne laissera jamais « filer » l’Ukraine vers l’Occident, car ce serait la reconnaissance de l’échec de sa pensée impériale.

Il n’est pas certain que ce soit l’esprit d’empire qui anime véritablement Poutine, mais plutôt l’idée du sens de l’honneur qu’affectionnent tous les nationalistes. Auquel cas les penseurs dits constructivistes des relations internationales ont raison aussi : l’esprit de guerre et le revanchisme se nourrissent de trajectoires historiques qui forgent les identités. Poutine agit en fonction de sa conception, souvent révisée au regard des faits, de l’histoire russe. Cette Russie a des sphères d’influence naturelles auxquelles personne ne peut toucher. L’Ukraine est la plus symbolique, car il y voit un territoire où s’est constituée une bonne partie de l’identité, notamment religieuse, de la Russie. Mais face à cette représentation, il y a ce que le peuple ukrainien estime être sa liberté. Et cette liberté demeure plus légitime aux yeux de l’humanité que n’importe quelle (re)construction de l’histoire.

POINT DE VUE. Faut-il dialoguer avec Vladimir Poutine ?

Quelle crédibilité accorder à la négociation avec les dictateurs ?
De notre côté, faut-il malgré l’invasion militaire de l’Ukraine continuer à parler avec Poutine ? Voici une autre question récurrente de l’histoire : quelle crédibilité accorder à la négociation avec les dictateurs ? La réponse est plutôt : oui, il faut continuer à avoir des discussions, mais à condition de ne se faire aucune illusion sur les propos et les promesses tenus. Poutine ne changera jamais d’avis sur son action violente en Ukraine parce qu’il a parlé avec le Président Macron ou le Chancelier Scholz.

Continuer à dire que l’Occident n’exclut pas une solution militaire

Une deuxième condition doit animer ces discussions : faire preuve de la plus grande fermeté dans les propos tenus. Poutine comprend le langage du rapport de force. Il est donc nécessaire de lui signifier que l’Occident sera dur sur les sanctions ou qu’il n’acceptera jamais une finlandisation de l’Ukraine. S’il faut bien entendu éviter toute escalade, il faut continuer à dire que l’Occident n’exclut pas une solution militaire. Car si on lui martèle que l’Occident a renoncé à toute entrée en guerre, on lui délivre le message que l’on ne se battra jamais pour l’Ukraine et donc qu’il a gagné. Les dictateurs adorent l’ambiguïté. Il faut leur répondre par la même ambiguïté.

Au final, il faut discuter avec Poutine sans le ménager. Toute délicatesse sera immédiatement perçue comme un signe de faiblesse dont il s’emparera pour accentuer le rapport de force. La guerre en Ukraine nous ramène aux théoriciens réalistes des relations internationales, comme Kissinger et Brzezinski, qui ont souvent déclaré que Poutine ne laissera jamais « filer » l’Ukraine vers l’Occident, car ce serait la reconnaissance de l’échec de sa pensée impériale.

Il n’est pas certain que ce soit l’esprit d’empire qui anime véritablement Poutine, mais plutôt l’idée du sens de l’honneur qu’affectionnent tous les nationalistes. Auquel cas les penseurs dits constructivistes des relations internationales ont raison aussi : l’esprit de guerre et le revanchisme se nourrissent de trajectoires historiques qui forgent les identités. Poutine agit en fonction de sa conception, souvent révisée au regard des faits, de l’histoire russe. Cette Russie a des sphères d’influence naturelles auxquelles personne ne peut toucher. L’Ukraine est la plus symbolique, car il y voit un territoire où s’est constituée une bonne partie de l’identité, notamment religieuse, de la Russie. Mais face à cette représentation, il y a ce que le peuple ukrainien estime être sa liberté. Et cette liberté demeure plus légitime aux yeux de l’humanité que n’importe quelle (re)construction de l’histoire.

POINT DE VUE. Faut-il dialoguer avec Vladimir Poutine ?

LE 22 MARS 2022

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