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janvier 27, 2023

Le Tout au Pluriel Magazine

Magazine Socio-Culturel

SOCIÉTÉS/RÉFLEXION : Ma fenêtre

5 min read

Le sujet

Je suis conscient de marcher sur une étroite bande au-dessus du vide. L’intérêt d’un tel sujet c’est de bien viser. Restons alors dans le sujet et n’ayons pas peur des mots. C’est ici une affaire de Blanc et de Noir où le Blanc concentre entre ses mains tous les pouvoirs. On doit comprendre que le mot Noir ne renferme pas tous les Noirs, de même que le mot Blanc ne contient pas tous les Blancs. Ce n’est qu’avec les nuances qu’on peut avancer sur un terrain si miné. Je tiens la nuance pour la forme la plus persuasive qui soit et parfois la plus subversive. Ne pas mettre tout le monde dans le même panier, qui était la base de toute réflexion, est devenu une rareté qui confine à l’originalité. (Petit traité du racisme en Amérique, page 9-10)

le tout au pluriel magazine via une courtoisie du lenouvelliste.com

Il est important de hurler sa douleur comme on le fait certaines nuits chaudes – et je ne parle pas de météo – dans les rues de Harlem, de Chicago ou de Los Angeles, mais il faut savoir que c’est ce que cherche le pouvoir. Il veut sentir votre désespoir. Cela fait son affaire quand la colère vous aveugle au point de tirer dans vos propres rangs. De toute façon, les puissants ne sont jamais à portée de votre colère (ils habitent dans des banlieues cossues et se déplacent en hélicoptère). Vous ne pourrez atteindre que leurs hommes de main. Sachez que le maître vous observe derrière les baies vitrées de Manhattan protégé par l’argent. Ce qui l’ébranle c’est de se sentir observé par vous. D’avoir l’impression que vous comprenez son jeu, et que vous n’attendez que le bon moment pour bondir. C’est la stratégie de Malcolm X. En tout temps, Malcolm X a privilégié l’intelligence, qui permet de distinguer le véritable ennemi dans le brouillard des anecdotes et des ragots de médisants dont le grand manipulateur fut l’ancien patron du FBI J. Edgar Hoover. Et bien sûr l’action qui donne son sens à la réflexion. Alors que la stratégie de Martin Luther King, plus subtile, propose de se battre contre les lois iniques et les injustices plutôt que contre les hommes. Il cherche à recruter des alliés dans l’autre camp, sachant que les Noirs ne seront jamais assez nombreux pour gagner cette bataille. De plus, son sens chrétien l’oblige à dépasser la notion de race. On doit admettre que le débat n’a pas bougé d’un iota dans cette Amérique explosive. Je voudrais faire comprendre aux jeunes gens que ce que nous vivons aujourd’hui prend sa source dans ces années 1960 survoltées, et bien plus loin, jusqu’au premier bateau négrier, parti des côtes d’Afrique, pour arriver en Virginie en plein mois d’août de l’année 1619 avec une vingtaine d’esclaves dans les cales. Le destin de l’Amérique bascula ce jour-là. La réponse à cette angoissante question de la responsabilité de ce fleuve de sang qui traversera tout un continent viendra d’un jeune intellectuel de Harlem dont les rapports avec le père furent difficiles durant cette adolescence mouvementée. Le point de rupture fut la question du racisme que le vieux Baldwin croyait pouvoir éviter en menant une vie discrète. Mais justement, lui dit le fils, c’est ce qu’attend de vous le maître. La proie rêvée est un être isolé, discret et fragile. Et James Baldwin plongea alors dans la bataille intellectuelle qui précède tout combat par les armes, d’où son désaccord avec Malcolm X. Ce qui provoqua la colère des jeunes militants qui entourèrent Malcolm. On l’accusa de tous les noms dont celui de traître n’est pas le moindre, tout ça parce qu’il a osé penser au moment où, croit-on, il fallait agir. Mais aucune action n’est possible sans réflexion. On se demande encore aujourd’hui comment ce jeune homme de Harlem s’est-il retrouvé au cœur d’un tel débat qui ronge l’Amérique depuis ce mois d’août 1619? Il avait compris, comme Frederick Douglass (l’esclave dont les “mémoires” continuent de fasciner une Amérique étonnée du fait qu’un esclave soit parvenu à penser objectivement sa condition ainsi que celle de son propriétaire) que l’esprit reste l’élément imprévisible dans cette lutte. Il a réfléchi, et c’est la chose la plus subversive qui soit. Le maître attend qu’on réagisse à ses propositions, mais pas qu’on questionne le fond de sa pensée. On attendait d’un gars de Harlem qu’il chante, danse ou court, mais pas qu’il analyse. L’analyse suppose de solides études à Havard, une condition économique confortable, du silence autour de soi pour réfléchir, alors que la vie à Harlem n’est que misère, inconfort et bruit. La vie quotidienne vous prend constamment à la gorge: la nourriture, le loyer, les dettes, les enfants toujours nombreux, et la honte de vivre dans de telles conditions. Et voilà que Baldwin a osé menacer le maître non pas de la colère de Dieu, comme on fait dans ce milieu pieux, mais de celle des hommes afin de mettre un terme à ce flot continu d’injustices qu’est le racisme ordinaire. Ce n’était pas une menace, et c’est là la force de Baldwin (on ne pouvait pas le jeter aux fers), c’était une prophétie qu’on trouve dans la Bible. Baldwin voulait empêcher un affrontement sanglant, et pour cela, l’Amérique devait changer. Et cette élite blanche s’est demandée alors ce qui s’est passé dans leur système pour qu’apparaisse une telle figure sur la scène. Ce livre, La prochaine fois, le feu, n’était pas une plainte, mais le début de longues négociations. Et ce feu était celui d’un esprit froid, lucide et déterminé. Rien n’a changé depuis mais on connaît les raisons de cette rage.

   Dany Laferrière
     5 janvier 2023

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